L’article en 10 secondes
- Le danger n’est pas qu’on devine votre mot de passe, c’est qu’un site se fasse voler sa liste et qu’on essaie le même ailleurs.
- Un gestionnaire chiffre tout sur votre appareil : même piraté, le fournisseur ne détient rien de lisible.
- Trois choix : 1Password (payant, le plus abouti), Proton Pass (suisse et gratuit), KeePassXC (libre, tout reste chez vous).
- Le réglage qu’on oublie et qui compte le plus : l’accès d’urgence, pour vos proches s’il vous arrive quelque chose.
« J’ai un carnet. » « C’est toujours le même, mais j’ajoute un chiffre. » « Il est noté sur un papier sous le clavier. »
Ces trois réponses reviennent à chaque intervention. Elles ne sont pas ridicules — elles sont ce qu’on peut faire quand on demande à un cerveau humain de retenir quarante mots de passe différents. Ce n’est pas votre mémoire qui est en cause, c’est la tâche qui est impossible.
Le vrai danger n’est pas celui qu’on croit
On imagine un pirate qui s’acharnerait à deviner votre mot de passe. C’est rarement ce qui arrive.
Ce qui arrive, c’est qu’un site où vous étiez inscrit se fait voler sa liste de clients. Un forum, une boutique en ligne, un service oublié depuis des années. Votre adresse et votre mot de passe se retrouvent dans une liste qui circule.
Des programmes essaient alors automatiquement ce couple sur des centaines d’autres sites. Votre messagerie, votre banque, vos achats en ligne. Si vous utilisez le même mot de passe partout, une seule fuite ouvre toutes les portes d’un coup.
Et ce n’est pas un cas rare : une étude de 2024 estime que 65 % des Français emploient le même mot de passe sur au moins cinq comptes.
Le chiffre qui change la perspective
Ajouter un chiffre à la fin ne protège de rien. Les programmes testent automatiquement les variantes évidentes. Un mot de passe utilisé deux fois est un mot de passe compromis deux fois.
« Mettre tous mes mots de passe au même endroit, ce n’est pas dangereux ? »
C’est l’objection que j’entends le plus, et elle est légitime. Voici pourquoi la réponse est non.
Un gestionnaire de mots de passe ne stocke pas vos mots de passe en clair. Il les chiffre sur votre appareil, avant de les envoyer où que ce soit. L’entreprise qui héberge le service ne peut pas les lire — elle ne détient qu’un bloc de données incompréhensible. On appelle cela le chiffrement de bout en bout.
Autrement dit : même si le fournisseur se faisait pirater, les voleurs repartiraient avec des données illisibles.
Comparez cela à la situation actuelle. Un carnet posé près de l’ordinateur se lit par quiconque entre chez vous. Un mot de passe unique réutilisé partout tombe à la première fuite. Le coffre-fort n’est pas le risque, il est la solution au risque.
Quelle solution choisir
1. Celle que j’utilise : 1Password
C’est le gestionnaire que j’emploie au quotidien et que je recommande à la plupart de mes clients. Il est payant, sans version gratuite réelle, mais il est le plus abouti et le plus simple à vivre.
Sa particularité tient à ce qu’il appelle la clé secrète : en plus de votre mot de passe principal, une clé est conservée sur vos appareils. Les deux sont nécessaires. Même en cas de fuite chez l’éditeur, votre coffre reste inviolable.
Sa formule famille est son autre atout : chacun a son espace privé, et l’on partage un coffre commun pour les codes du ménage — box internet, compte d’électricité, abonnements. Pour un couple, ou pour un parent et ses enfants, c’est ce qui fonctionne le mieux.
Les tarifs figurent sur leur site.
2. La solution suisse et gratuite : Proton Pass
Proton est une entreprise suisse, connue pour sa messagerie chiffrée. Son gestionnaire de mots de passe est plus récent, mais il a déjà été audité par deux sociétés de sécurité indépendantes.
Son plan gratuit est le plus généreux du marché : mots de passe illimités, synchronisation sur un nombre illimité d’appareils, sans carte bancaire. Là où la plupart des concurrents limitent le gratuit à un seul appareil, Proton ne le fait pas.
Il va même plus loin que les autres sur un point : il chiffre aussi les informations annexes — les adresses des sites où vous avez un compte, par exemple. Peu de services le font.
Deux réserves honnêtes : le produit est jeune, et le remplissage automatique est parfois moins précis que celui de ses concurrents sur les formulaires compliqués, notamment bancaires.
Les conditions sont sur leur site.
3. Pour les plus autonomes : KeePassXC
Celui-ci ne ressemble pas aux deux autres. Il est gratuit, libre, et surtout : rien ne quitte votre ordinateur. Vos mots de passe vivent dans un fichier chiffré, sur votre disque. Aucune entreprise, aucun abonnement, aucun serveur.
C’est le choix de ceux qui ne veulent confier leurs données à personne. L’autorité française de cybersécurité l’a d’ailleurs certifié.
Mais il demande de l’autonomie. La synchronisation entre plusieurs appareils est à votre charge. Il n’y a pas de partage familial intégré. Et si vous perdez le fichier sans sauvegarde, personne ne pourra le reconstituer.
Je ne le propose qu’aux personnes déjà à l’aise, qui savent où sont leurs fichiers et qui les sauvegardent.
Le mot de passe principal
Un seul mot de passe à retenir, désormais. Autant qu’il soit bon.
Oubliez les recommandations habituelles — majuscules, chiffres, symboles — qui produisent des codes imprononçables qu’on finit par noter sur un papier. Ce qui fait la force d’un mot de passe, c’est sa longueur, pas sa complexité.
Prenez quatre ou cinq mots sans rapport entre eux, faciles à visualiser. Quelque chose comme « bateau-pivoine-cuillère-orage ». C’est plus long, donc bien plus résistant qu’un code de huit caractères tarabiscoté, et vous le retiendrez après trois usages.
Ce mot de passe, celui-là seulement, vous pouvez l’écrire et le ranger en lieu sûr — dans un tiroir fermé, chez un notaire, ou avec vos papiers importants. Pas sous le clavier.
Et s’il m’arrive quelque chose ?
C’est une question qu’on me pose rarement et qui mérite pourtant de l’être.
Si vous disparaissez ou devenez incapable d’accéder à vos comptes, vos proches se retrouvent devant un mur : impossible de résilier un abonnement, d’accéder à vos photos, de fermer une messagerie.
Les bons gestionnaires prévoient un accès d’urgence : vous désignez une personne de confiance qui pourra, après un délai que vous fixez, accéder à votre coffre. Tant que vous êtes là, vous pouvez refuser la demande. 1Password et Proton Pass le proposent tous deux.
Cela prend cinq minutes à configurer, et c’est probablement le réglage le plus important de tous.
Par où commencer
Ne cherchez pas à tout reprendre en une soirée — c’est ainsi qu’on abandonne.
Installez le gestionnaire, puis changez d’abord le mot de passe de votre messagerie. C’est le compte le plus critique : celui qui permet de réinitialiser tous les autres. Ensuite votre banque. Puis, au fil des semaines, remplacez les autres à mesure que vous vous connectez.
En deux mois, sans y penser, vous y serez.
Si vous préférez ne pas le faire seul
Installer un gestionnaire, reprendre les comptes importants et configurer l’accès d’urgence fait partie des interventions que je mène régulièrement. Nous choisissons ensemble la solution adaptée, et je vous montre comment vous en servir — pas seulement comment l’installer.
Je ne touche aucune commission sur les services que je recommande.
